Cela ressemble à un projet de science-fiction. Pacific Gas & Electric (PG&E), la compagnie d’électricité qui fournit en énergie 10 millions de foyers californiens, vient d’annoncer qu’elle allait se fournir en électricité d’origine solaire auprès d’une start-up de Los Angeles, Solaren.
L’originalité ? Cette énergie proviendra… de l’espace. Plus exactement de satellites qui seront mis en orbite géostationnaire autour de la Terre, dotés de panneaux solaires de plusieurs centaines de mètres de longueur. « Malgré les apparences, la technologie n’est pas nouvelle, ce qui est nouveau, c’est notre capacité à la rendre utilisable d’un point de vue économique », explique Gary Spirnak, le PDG de la start-up, un ancien ingénieur aéronautique et militaire.
De fait, c’est bien l’armée américaine qui, dès 2007, a rendu public un rapport de 70 pages montrant qu’une telle technologie pouvait fonctionner de façon fiable. Même s’il y a deux ans, cette étude ne cachait pas que le coût de tels systèmes serait prohibitif. L’intérêt des militaires pour accéder à cette forme d’énergie s’explique pourtant par des raisons économiques. Sur un théâtre d’opérations où elle a besoin de beaucoup d’électricité, amener sur place du carburant pour faire tourner des générateurs coûte très cher. Avec une électricité d’origine spatiale, il suffirait de transporter une grosse station réceptrice du courant produit en altitude pour disposer d’une énergie abondante et plus simple à produire.
Prouesse
Le principe de fonctionnement est le suivant. Un réseau de satellites équipés de panneaux solaires – similaires à ceux qui fournissent déjà l’électricité à la Station spatiale internationale – produisent de l’électricité. Grâce à des générateurs spéciaux embarqués à bord des satellites,
cette énergie est alors convertie en ondes haute fréquence (plusieurs gigaherz) qui sont envoyées vers une station terrestre dotée d’une antenne de grande taille pour les recevoir. Une technologie de ce type est utilisée par les industriels de la télévision par satellite, qui envoie des ondes similaires, même si à l’arrivée les paraboles ne récupèrent que les programmes…
De son côté, PG&E se montre confiant que la technologie est sans danger, même si les autorités américaines de régulation sont appelées à se prononcer prochainement sur la pertinence de ce projet. En réalité, la prouesse réside moins dans le fait que la technologie est réellement nouvelle que dans la capacité de Solaren à la rendre économiquement viable, via une multitude de brevets déposés ces dernières années. « Le plus intéressant avec cette approche, c’est que les panneaux solaires déployés dans l’espace sont 10 fois plus efficaces que ceux disposés sur Terre. Et, en plus, le soleil brille 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 dans l’espace », résume Jonathan Marshall, spécialiste « clean tech » de PG&E. Si tout va bien, dans sept ans, l’opérateur californien devrait être en mesure d’acheter à Solaren 200 mégawatts d’électricité, assez pour alimenter 150.000 foyers environ. « Il ne nous faudra que 4 fusées emportant chacune 25 tonnes de charge pour déployer l’équivalent de la puissance nécessaire », assure Gary Spirnak. Et ce ne sera qu’un début. Si tout se passe bien pour la start-up, elle espère qu’à la fin de la prochaine décennie elle disposera d’une capacité 5 fois supérieure et qu’elle aura aussi des clients en Europe et en Asie. Chiche.


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